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Désengagement - Film d’Amos Gitaï

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Désengagement - Film d’Amos Gitaï

Dans un brillant parallèle entre les tensions qui déchirent les êtres humains dans leur intimité, et celles qui fomentent les guerres entre différentes communautés, le réalisateur Amos Gitaï nous livre un portrait émouvant de la société israélienne.


Israël/France, 1h55, 2007.
Sélection officielle Venise 2007.
Sortie en France le 9 avril 2008.

avec Juliette Binoche, Liron Levo, Hiam Abbass, Jeanne Moreau.

Le titre de Désengagement fait référence à un événement politique de 2005, où l’état d’Israël força les colons juifs à quitter les terres qu’ils occupaient illégalement dans la bande de Gaza depuis des années. Préalable à toute négociation pour la paix dans cette partie du monde, il fut néanmoins vécu douloureusement. Par les colons bien sûr qui refusaient de partir de ces implantations tout aussi politiques que religieuses et qui ont tout fait pour retarder le processus. Mais aussi par les soldats et les policiers, Israéliens eux aussi, qui devaient forcer leurs compatriotes dans cette évacuation. Certes, tous les jours dans le monde, des soldats et policiers interviennent de façon tout aussi musclée sur leurs propres compatriotes pour faire respecter la loi en vigueur dans le pays. Mais l’événement avait quelque chose d’historique, et des relents symboliques attachés au passé d’Israël qu’Amos Gitaï voulait porter à l’écran.

Aidé dans son scénario par Marie-Josée Sanselme qui, tout en étant d’une autre culture connaît très bien la société israélienne, le réalisateur a pu obtenir le recul nécessaire pour écrire son film et lui donner toute sa force symbolique et affective. Passé le prologue dans le train, la première partie du film peut dérouter. De même que la première rencontre avec Ana, le personnage principal, une femme mûre qui a des inconséquences d’adolescente, une folie malsaine qu’on devine issue d’une souffrance tue. La suite du film, l’arrivée en Israël et les scènes dans Gaza, est d’autant plus brillante. On assiste au chaos de cette évacuation sans prendre partie pour l’un ou l’autre camp mais on est plongé au cœur de cette violence verbale, physique et émotionnelle.

Ana, incarnée par Juliette Binoche est notre guide dans cette tourmente. D’ailleurs, c’est Amos Gitaï lui-même qui conduit la voiture qui lui permet d’entrer dans les territoires occupés. A travers le désarroi d’Ana, qui visiblement ne connaît presque rien à la situation du Moyen Orient, qui ne parle pas un mot d’hébreu et qui cherche juste à régler une douloureuse histoire personnelle, le spectateur est plongé dans la tourmente de ce Désengagement. Mais le réalisateur ne prend pas partie. Son regard, comme celui d’Ana, est plutôt épouvanté par tant de violence, tant de complexité, tant de souffrance. Tant d’impuissance devant cette impossibilité à vivre ensemble.

Au générique, apparaissent deux actrices magnifiques, Jeanne Moreau et Hiam Abbass. Jeanne Moreau est le symbole vivant de la gloire du cinéma d’auteur, dont la renommée est internationale. Hiam Abbass, plus jeune, alterne depuis quelques années les rôles d’arabe, de juive, d’Européenne, incarnant à la fois la diversité complexe du monde et sa seule humanité. Amos Gitaï leur donne deux rôles très brefs mais dont l’importance est capitale. Dans la première scène du train (qui fait le lien entre deux parties du monde), Hiam Abbass montre que le désir est plus fort que les tensions politiques, que l’amour est toujours possible, que la vie est pleine de ressources. Dans la seconde partie, Jeanne Moreau, en rappelant ses simples devoirs à une mère en perdition, rappelle l’héritage culturel et historique européen des juifs, les liens fondamentaux entre l’état d’Israël et les gouvernements du monde occidental.

Plus qu’une leçon d’histoire, Désengagement est un film remarquable, extrêmement bien construit. A travers l’émotion apportée par de très belles images de cinéma : chaque plan est soigné et même le chaos de l’évacuation a des airs de danse dramatique, avec ses pas en arrière et ses pas en avant. A travers une fiction romanesque remarquablement mise en scène, notamment dans les quatre scènes où deux personnages s’étreignent, à chaque fois pour des raisons différentes, et qui se font écho : retrouvailles fraternelles, élan érotique, découverte de l’autre ou débordement de souffrance. Les êtres s’empoignent avec force, des êtres en vie qui aiment ou qui ont mal d’aimer. Ils s’engagent et se désengagent, débordés par le flux de leurs émotions.

Magali Van Reeth
Signis France

 

 

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