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L’île : un film de Pavel Lounguine

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L’île : un film de Pavel Lounguine

Perdu dans les paysages hostiles du nord de la Russie, un homme appelle Dieu à l’aide pour qu’il le délivre de sa culpabilité. Un film fulgurant et esthétiquement très fort.


Russie, 2006, 1h52. Sélection officielle au Festival de Toronto 2007, hors compétition à la Mostra de Venise 2007, en compétition internationale au Festival de Sundance 2008. Sortie en France le 9 janvier 2008.

avec Piotr Mamonov, Victor Soukhourov, Dimitri Dioujev.

Dans les sociétés occidentales où les églises traditionnelles peinent à faire entendre leurs voix et où la pratique religieuse est en chute libre, les cinéastes se confrontent toujours à la question de la foi, preuve que le cinéma et le sacré ont toujours beaucoup d’affinités et que la présence divine est encore au cœur du questionnement humain.

L’île a pour décor un minuscule monastère orthodoxe accroché comme par miracle sur des rochers, comme égarés dans la mer Blanche, noyés dans un hiver qui semble sans fin et battus constamment par des vagues qu’on imagine glaciales. Sans doute pour nous rappeler notre misérable condition d’être humain dans une nature parfois hostile, et dans une vie dont certains ont du mal à comprendre le sens. Hanté par une faute qu’il a commise trente ans plus tôt, père Anatoli vit en marge des autres moines, accroché au service de la chaudière du monastère, comme aimanté par les portes de l’enfer. Fasciné par les flammes et ce charbon qu’il enfourne à longueur de journée, pour ne pas oublier sa faute, née elle aussi dans le charbon, il entretient la fournaise, brûlé par un feu intérieur qui le dévore. Consumé par sa faute, il s’échappe dans la nature pour implorer Dieu. Là, l’univers est radicalement opposé à celui de sa cellule. Le moelleux de la mousse arctique, l’immense du ciel et de l’espace, la blancheur de la glace et de la neige, la fraîcheur de l’eau, tout est pur, beau, à l’image de cette paix divine qu’il désire tant. Mais en vain. Sa douleur, sa faute lui rongent l’âme et le corps. Dans le noir et l’espace confiné, il entretient les braises, dans la pureté du bord de mer, il cherche Dieu, criant son désespoir, sa souffrance.

Pour augmenter son désarroi, il est devenu au fil des années une espèce de mage divinatoire auprès de qui les Russes, officiellement tous communistes et athées, viennent chercher conseils et guérisons. Cette réputation et ce don perturbent les autres moines de la communauté. Ne vivant pas tout à fait comme eux, il remet en cause leurs pratiques religieuses, leur tranquillité, leur foi. Est-ce un fou ? Est-ce un saint ? Il semble refuser toutes lois, dénigrer les repères mesquins qui permettent la vie en communauté et pourtant, ses mots sont emplis de sagesse, d’humilité, de foi. Il ne craint par la mort. Chez lui, la prière n’a plus rien de mécanique, il est habité par le tourment et traversé par le désir de Dieu. Toute l’âme russe semble condensée dans ce personnage, dont on a déjà croisé les semblables dans les classiques de la littérature russe.

Il nous vient de Pavel Louguine, brillant réalisateur qu’on avait connu dans ses analyses de la société russe contemporaine, les désordres amenés par la chute de l’empire soviétique et l’arrivée brutale du libéralisme économique, des maffias, de l’effondrement des repères. Taxi Blues en 1990, La Noce en 2000, Un nouveau Russe en 2003. Et aujourd’hui, un film religieux. Pavel Lounguine : Le film parle de l’existence de Dieu. Il arrive un moment dans la vie où cela devient une question primordiale. Par ailleurs, j’essaie de varier les genres dans ma filmographie et, avec L’Île, j’ai voulu évoquer la vie des saints. Pour accompagner ce projet, un acteur époustouflant, Piotr Mamonov, dont le visage à la fois décharné et illuminé donne toute son intensité dramatique au personnage. Il fait parfaitement et le saint et le fou !

Film très esthétique qui laisse au spectateur l’espace de la contemplation, L’île puise dans son personnage principal les questions essentielles du sens de la vie : de la faute à la rédemption, de l’action à l’expiation, du doute à la croyance, de l’orgueil à l’humilité, de l’obéissance à la résistance, de l’absence ou de la présence divine. Mais sans aucune lourdeur, comme avec grâce.

Magali Van Reeth Signis France

 

 

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