Accueil du site > Relations inter religieuses > Relations avec l’Islam > Actualité > Pour mieux comprendre la réalité musulmane en France
 
 
  Albums photos
 
  Liens Internet

Calendrier

Pour mieux comprendre la réalité musulmane en France

« octobre 2018 »
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31 1 2 3 4
 
 
 

Pour mieux comprendre la réalité musulmane en France

Depuis les tragiques événements de Paris, en janvier 2015, la question musulmane est revenue très présente dans les débats politiques, les magazines télévisées et les discussions familiales. Deux livres récents viennent heureusement favoriser une meilleure connaissance de l’islam en France.


Celle-ci est indispensable au moment où la société française se crispe face au terrorisme djihadiste déployé par des groupes comme Daech, Al Qaïda, AQMI et Boko Haram.

De plus, des événements récents comme l’assassinat de chrétiens coptes (février 2015) et éthiopiens (avril 2015) en Lybie et l’apparition d’affrontements très violents entre chrétiens et musulmans en Afrique subsaharienne (février 2015) ou entre migrants dans des embarcations de fortune (avril 2015) interpellent les responsables religieux des différentes communautés.

La société française se caractérise par une laïcité affirmée et assumée. La loi de 1905, statuant sur la séparation des Eglises et de l’Etat, stipule ainsi que "la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après [dans la loi] dans l’intérêt de l’ordre public" (Article 1).

Mais, cent ans plus tard, le paysage religieux français a profondément changé : le catholicisme a perdu de son influence (seulement 57 % des Français se reconnaissent catholiques) et la communauté musulmane est estimée à 4, 5 ou 6 millions de personnes, ce qui en fait la seconde religion en France. Avec ses 2.500 lieux de culte et une pratique en nette progression, particulièrement durant le mois de Ramadan, les musulmans de France demandent à pouvoir y vivre paisiblement leur foi. L’absence d’autorité en islam, reconnue par tous, rend difficile leur représentativité auprès des pouvoirs publics. Il est donc essentiel de connaître la diversité des courants musulmans et des réseaux ou Fédérations existant en France.

Le livre de Bernard Godard, très bien documenté, répond à ce besoin. Il fournira au lecteur une vue exacte de la question musulmane, telle qu’elle se présente en 2015. Il est organisé autour de trois axes : l’essor de l’islam identitaire, l’islam de rupture  : de l’isolement au djihad et l’islam comme confession, entre diaspora et citoyenneté.

Mais l’opinion publique est aujourd’hui très marquée par le parcours étonnant de ces jeunes - et même de ces familles - qui partent faire le jihad, principalement en Syrie. Ils sont français. Ils ont grandi dans nos écoles. Certains ont même été élevés dans la foi chrétienne et catéchisés, avant de se convertir à l’islam et de basculer dans le terrorisme. Qu’est-ce qui fait que des jeunes soient désireux de quitter le territoire français pour aller faire la guerre, là-bas, au loin, et mourir en martyr au nom d’un dieu que nous ne pouvons reconnaître ?

C’est là que le livre de Farhad Khosrokhavar est très précieux. Dans un style clair et précis, en moins de 200 pages qui se lisent facilement, l’auteur nous permet de comprendre que le phénomène actuel de radicalisation s’inscrit dans la durée et dans la suite du terrorisme anarchiste du siècle dernier, de l’extrême gauche violente des années 70-80 et des agissements d’Al-Qaida. Il nous livre une analyse approfondie de la radicalisation jihadiste en Europe et dans le monde arabe, en particulier de l’apparition, ces dernières années, d’un nouveau type de radicalisé, à savoir le modèle introverti du jihadiste.

Il fait émerger la figure du "jeune victimisé", souvent de la troisième génération, et ne se retrouvant pas dans cette société qui ne répond pas à ses attentes et crée, au contraire, de la frustration. S’offrent à lui, selon Khosrokhavar, quatre voies :

  • opter pour la voie dure et semée d’embûches de l’intégration sociale et économique, et à se fondre dans les classes moyennes ;
  • opter pour la délinquance, par choix ou par la force des choses, et développer en soi une haine de cette société qui pourra même trouver un exutoire dans une sacralisation d’un islamisme actif ;
  • opter pour la voie sectaire, c’est-à-dire en adhérant à des formes identitaires d’islam qui procurent la paix intérieure au prix de l’enfermement dans un univers plus ou moins sectaire ;
  • opter pour la voie de la violence guerrière, contre la France et l’Occident, en s’identifiant au "héros négatif". Ce dernier "se délecte da la crainte qu’il inspire et du regard négatif qu’on porte sur lui. Plus on le fustige, plus il trouve à se glorifier, dépensant avec prodigalité le seul bien dont il dispose, la vie des autres (avant qu’on ne l’empêche) et, en dernier ressort, la sienne, qu’il est prêt à sacrifier pour la cause sacrée" (p. 123).

Mieux vaut donc regarder cette réalité en face pour comprendre combien, dans la suite du mouvement du 11 janvier 2015, il est urgent que tous les acteurs du "vivre ensemble" se mobilisent pour réfléchir aux défis d’aujourd’hui et s’appuient sur une vision dynamique de la laïcité où les courants religieux et philosophiques trouvent toute leur place, enrichissant la réflexion collective de leur propre réflexion.

Pour aller plus loin :

Bernard Godard est un ancien fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. De 1997 à 2014, il a été un acteur important des politiques publiques liées à l’islam en France. Titulaire d’un master 2 de sociologie des religions et d’un diplôme de l’Inalco, il est le co-auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le monde arabo-musulman.

Bernard Godard, La Question musulmane en France, éditions Fayard, 2015, 352 pages, Prix public TTC : 20.90 €

Farhad Khosrokhavar est directeur d’études à l’EHESS et chercheur au Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques (CADIS, EHESS-CNRS). Ses recherches portent sur la sociologie de l’Iran contemporain, sur les problèmes sociaux et anthropologiques de l’islam en France mais également sur la philosophie des sciences sociales.

Farhad Khosrokhavar, Radicalisation, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2014, 192 pages, Prix public TTC : 12 €

 

 

Dans la même rubrique :
(10 derniers articles)

- La laïcité à la française n’est pas l’absence de religion
- Comprendre le jihadisme pour mieux le combattre
- Voeux à l’occasion de la fin du Ramadan 2015
- Voeux à l’occasion du Ramadan 2015
- De Tibhirine aux Forums régionaux 2015 : huit ans de dialogue islamo-chrétien
- Pour mieux comprendre la réalité musulmane en France
- La grande mosquée de Lyon fête ses 20 ans
- "L’Egypte dans la transition politique" Conférence
- Message d’amitié pour le mois du Ramadan 2013
- Voeux des musulmans à la communauté chrétienne à l’occasion de Noël

 


Imprimer l'article



Comité diocésain pour l'œcuménisme
6, avenue Adolphe Max - 69321 Lyon Cedex 05
04 78 81 47 68 - oecumenisme@lyon.catholique.fr
Accès administration | Mentions légales | Plan du site | Conception-Réalisation DSFI SARL | Flux RSS oecumenisme Flux RSS cdo