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L’écrivain et penseur juif André Chouraqui est décédé


L’écrivain et penseur juif André Chouraqui, est décédé ce lundi matin à Jérusalem, a-t-on appris auprès de sa famille. Il était malade depuis longtemps et ses funérailles ont eu lieu cet après midi même.

Né le 11 août 1917 à Ain-Témouchent en Algérie et issu d’une famille de notables, André Chouraqui était à la fois un intellectuel et un homme d’action, un historien et un poète. Historien, il affectionne les vastes synthèses et pose sur l’avenir le regard d’un nouveau prophétisme. Homme d’action, il ne cesse d’œuvrer en faveur de la paix et travaille au rapprochement des Juifs et des Chrétiens, des Juifs et de l’Islam. Poète, il exprime ses intuitions dans la ferveur d’un lyrisme qu’anime sa passion de l’unité. Inséré par ses origines, son éducation, son itinéraire, aux confins de l’Orient et de l’Occident, tributaire de la civilisation maghrébine, pétri par la culture française, mais avant tout fils d’Israël, juif convaincu amoureux de Jérusalem qu’il habite depuis quelque vingt ans, André Chouraqui est l’homme des carrefours : son charisme est celui d’un bâtisseur de ponts.

Il a été conseiller du fondateur de l’Etat d’Israël David Ben Gourion de 1959 à 1963, et a assumé les fonctions de maire-adjoint de Jérusalem sur la liste de Teddy Kollek de 1965 à 1973.

André Chouraqui a publié de très nombreux ouvrages, essais, pièces de théâtre, récits et traductions.

Docteur en Droit international public de l’Université de Paris, il est notamment l’auteur de l’Histoire du judaïsme, La pensée juive, L’Etat d’Israël, Lettre à un ami chrétien, l’Histoire des Juifs d’Afrique du nord.

On lui doit aussi des traductions du Cantique des cantiques, des Psaumes, du Coran et du Pentateuque ainsi que sa monumentale traduction en 26 volumes de la Bible et du Nouveau Testament.

Voici un extrait de L’amour fort comme la mort Un cèdre à Jérusalem


Laffont 1990, Editions Du Rocher 1998.
pages 369-371

Ma vie - comme celle des hommes de ma génération - se déroule, depuis ma naissance, dans un monde en guerre. La situation actuelle, au Proche-Orient, révèle et dénonce l’état réel de l’espèce humaine en cette sanglante fin de siècle. Les polémologues y trouvent, à l’état pur, tous les éléments qui provoquent en chaîne d’interminables conflits : les intérêts économiques chevauchent ici des haines immémoriales d’origines ethniques, culturelles, nationales ou religieuses, utilisées par les Etats de la région et d’aillerus pour entretenir sans fin un état de guerre. Le conflit proche-oriental est si ancien et si complexe que personne ne tente plus de l’expliquer de manière rationnelle : il dure depuis trois quarts de siècle dans un véritable délire verbal où tout se dit et le contraire de tout dans d’absurdes monologues et d’effroyables gâchis. Pour moi, davantage qu’un problème politique, je vis cette situation comme une écharde dans ma chair. Le monde arabe fait partie intégrante de mon être, assumé en mon identité la plus profonde. Son affrontement avec Israël me blessait au plus vis de ma personne. Chacun se persuadait d’avoir seul absolument raison et, pour s’en convaincre, se faisait une représentation démoniaque de l’ennemi qu’il fallait vaincre et, si possible, anéantir. Il n’y a pas de guerre propre ; la nôtre s’enlaidissait encore de l’outrance des propagandes : elles creusaient entre les peuples un abîme qui se serait voulu infranchissable pour mieux perpétuer un conflit auquel les peuples s’étaient si bien habitués qu’ils n’imaginaient plus que la paix devait fatalemént lui succéder un jour. Le pire pour les Israéliens et pour les juifs fut sans doute de se voir mettre au ban des Nations unies et de l’Unesco devenant, dans plusieurs pays, une cible privilégiée des médias. Il fallait se défendre avec des discours, comme sur les champs de bataille avec des armes.

Si j’étais Israël déféré devant le tribunal des nations, loin de me défendre, je plaiderais coupable. Coupable d’avoir cru en Abraham, en son message d’unité, sur les pas de ses Prophètes, et d’avoir suivi ses enseignements, coupable d’être sorti d’Égypte pour entendre Moshé au pied du Sinaï, coupable d’avoir adopté une loi contraire à la nature des hommes : elle enseigne la réalité du seul Élohim et l’inanité des milliers d’idoles adorées par les Nations - d’une loi qui condamne le meurtre, le vol, l’adultère, alors que l’homme naturel n’est que meurtre, rapine, adultère... Coupable d’avoir cru en l’unité de l’Être créateur et d’avoir érigé au faîte des valeurs Ses puissances de vie. La vie, non la mort, la paix, non la guerre, l’amour, non la haine ! Coupable d’avoir donné naissance à des religions, le christianisme et l’islam, au risque de les voir trahir Élohim autant et plus que je ne pouvais le faire, elles qui n’hésiteront pas à se retourner contre moi, pactisant avec mes pires ennemis.

Juifs, nous savions de quel prix nous devions payer le droit de vivre. Quand nous en mourions, nos prophètes nous enseignaient que nous ne tarderions guère à ressusciter en gloire : la résurrection des morts serait l’apanage de la fin des temps. Folie que cela ? Certes, mais pas plus grande que de rêver de paix universelle, de justice. Les chrétiens se sont établis sur cette folie, annonçant au monde que leur Messie, Jésus, était le premier ressuscité : d’autres suivraient.

Or voici que, tout d’un coup, rescapés de l’enfer hitlérien, nous ressuscitons avec notre terre et notre langue, celle de la Bible. Les Évangiles suggèrent la stupeur des disciples devant Jésus ou Lazare ressuscités. L’agression du monde arabe, ses guerres pour empêcher Israël de naître, puis après sa naissance pour le renvoyer dans sa tombe, ne provient-elle pas d’une terreur de même nature, celle que nous aurions tous si nous voyions une tombe s’ouvrir, un squelette en sortir, se revêtir de muscles, de chair, de peau, d’esprit, et si nous l’entendions nous parler soudain dans une langue morte elle aussi depuis deux mille ans ?

Il y a de cette peur aussi dans le refus du Vatican de normaliser ses relations avec Israël, plusieurs décennies après sa renaissance. Il n’est pas aisé de prendre acte de la résurrection d’un homme, à plus forte raison de celle d’un peuple dit élu et d’une langue réputée sacrée... Eglises et mosquées finiront nécessairement par prendre leur parti de ce que Kierkegaard appellerait une suspension ontologique de la loi de nature qui veut qu’un mort - homme, peuple ou langue - ne ressuscite pas.

 

 

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