Accueil du site > A lire...à voir.... > Livres et revues > Religions et frontières
 
 
  Albums photos
 
  Liens Internet

Calendrier

Religions et frontières

« juin 2019 »
L M M J V S D
27 28 29 30 31 1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
 
 
 

Religions et frontières

Sous la direction de Fatiha Kaoues, Chrystal Vanel, Vincent Vilmain et Aurélien Fauches.


Actes du colloque « Religions sans frontières » 2 et 3 décembre 2010 CNRS éditions. Paris 2012.

L’ouvrage contient les communications des intervenants et une série d’introductions aux différentes parties ainsi qu’une conclusion qui fait la relecture des thèmes évoqués.
Nous ne reprenons pas ici les interventions mais seulement les introductions et la conclusion.

Ce livre est riche de sa diversité et nous permet de voyager dans le monde des religions en pleine recomposition non sans poser des questions nouvelles aux grandes religions instituées.
Il est le fruit de la recherche de jeunes chercheurs qui témoignent d’un renouveau des études en sciences religieuses dans les grandes institutions de recherche en sciences sociales.

H. Bost : Problématique et intérêt d’un regard renouvelé. Frontières, vérité et pouvoir.

Les frontières ne cessent de bouger, notamment quand on compare les cartes des atlas des religions sur une période de plusieurs décennies, voire un siècle. On constate aujourd’hui un « métissage mondial » et des régions auparavant monocolores se trouvent hachurées. Les études de cet ouvrage montrent des frontières en mouvement, des franchissements, des porosités.
L’histoire du christianisme offre un exemple saisissant du jeu de mélange et d’essais de distribution entre frontières physiques et frontières symboliques.
Dans le Nouveau Testament nous observons une foi qui transgresse les frontières du peuple élu (la cananéenne, la samaritaine, le centurion romain…) et Paul dira aux Galates « il n’y a plus ni juif, ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme car vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ » Les frontières sautent : pas seulement celles qui distinguent les peuples mais aussi celles des classes sociales et des genres. Mais c’est « en Jésus-Christ » Toutefois les frontières sautent-elles politiquement ? Faut-il tracer une frontière entre l’Eglise et l’Etat ? Le débat est loin d’être clos. Le croyant chrétien est-il comme Abraham, étranger et pèlerin sur la terre ? La « modernité » est née d’une rupture avec des Eglises qui prétendaient contrôler les frontières tout en affirmant qu’elles les transcendaient. C’est ce geste d’émancipation politique, ce geste laïque qui paradoxalement jette le fondement de la liberté religieuse et enclenche le processus par lequel le paysage religieux mondial se recompose.
Mais abattre la frontière entre profane et sacré, entre politique et religion condamne les frontières territoriales à la disparition et expose la nation à toutes sortes d’agressions. Peut-on contraindre à une conversion totale à la « vérité » sans risquer une confusion entre éthique de la vérité et logique de pouvoir.

Partie I : Religions, nations, frontières.

Sont proposées 3 études de cas :
Au XVIème siècle en Iran les Safavides imposent le Chiisme comme religion officielle pour asseoir leur autorité politique.
La tentative après la 1ère guerre mondiale de rapprochement entre la communion anglicane et l’orthodoxie grecque avec l’arrière pensée d’une « grande Grèce » et du renforcement de la présence britannique en Méditerranée.
L’attitude en Alsace concordataire de la communauté turque où le couple religion/nation nourrit une identité commune au regard de la population française et d’un islam hexagonal majoritairement arabophone et d’origine maghrébine.

Dans tous ces cas, on assiste à une logique de compromis entre l’autorité politique et l’autorité religieuse.

Partie II : S’affranchir des frontières.

Il s’agit d’interroger le rôle traditionnel des frontières, locales, nationales, culturelles, confessionnelles.
On constate la fin du vieux principe : « cujus Regio, ejus Religio » édicté depuis la paix d’Augsbourg en 1555. Mais ce principe n’est pas mort, cependant il est battu en brèche par la transnationalisation du religieux. Voir l’ouvrage de D. Hervieux-Léger « le pèlerin et le converti »
Des logiques de décloisonnement, de circulation et d’internationalisation traversent tous les espaces religieux, qu’il s’agisse du Christianisme, de l’Islam, du Bouddhisme, du Judaïsme et même de l’Hindouisme.
Les dynamiques transnationales jouent sur des modes multiples qui vont de la transplantation à l’inculturation en passant par l’hybridation, le conflit ou la synthèse.
D’où l’obsolescence des périmètres traditionnels et de l’enceinte confessionnelle : cf. le rôle des voyages, d’internet et de toutes les formes de la globalisation.
Mais s’affranchir des frontières, jusqu’où et comment ?

Trois études de cas :

-  Le bouddhisme tibétain entre tradition et globalisation.

-  La Santeria cubaine, une religion sans frontières.

-  Comment l’Islam est-il devenu occidental ?

Partie III : Conversions et prosélytismes.

Peut-on mieux comprendre les dynamismes contemporains qui affectent le phénomène religieux ?

Dans la conversion le rapport à soi, à la culture, à la vérité se modifie.

-  le rapport à soi : il s’agit du passage de la frontière intérieure (seconde naissance) qui est à la fois, reprise de soi et donation de soi. (rôle important du récit et de l’expérience). C’est le lieu paroxystique de la subjectivation du religieux avec l’accentuation du choix de l’identité et de la capacité à s’extraire d’une identité pré-donnée.

-  le rapport à la culture : c’est-à-dire à la fois à l’identité culturelle de l’individu et à l’enracinement culturel de la religion. Ici s’opère le passage de l’identité donnée à l’identité choisie.

-  le rapport à la vérité : Il ya adhésion et réappropriation qui entraîne une réflexion du converti sur son rapport au vrai. 4 études de cas.

- Néo missionnaires et migrants- pasteurs africains en terre d’Islam : l’exemple de la métropole du Caire.
- Le développement de l’évangélisation protestante dans le monde arabe :
L’exemple de l’Abundant life church au Liban.
- Les juifs africains et antillais en France.
- les enjeux de la « réorientation globale » des missions protestantes : L’exemple norvégien dans les années 2000.

Partie IV : Face aux frontières, stratégies des acteurs.

Tout comme les marchandises ou les hommes, les idées religieuses ont été échangées entre les peuples par delà les frontières et les obstacles géographiques ou politiques. Aujourd’hui l’intensification de la mondialisation dans les échanges économiques et culturels affecte aussi « le marché des religions ». Mais celles-ci adoptent des stratégies diversifiées.
A côté des procédés traditionnels de la « mission », certaines religions pratiquent un expansionnisme religieux à l’efficacité redoutable en ayant recours aux nouveaux médias (satellites de télévision, internet…) permettant une diffusion quasi Mondiale et instantanée de messages religieux d’autant plus accessibles qu’on assiste à une standardisation d’une certaine culture mondiale.
En contrepoint, il y a aussi une émergence de petits groupes religieux privilégiant les rapports interpersonnels d’individus singuliers. Des formes de tourisme religieux se développent.
Alors aujourd’hui comment s’opère la « traversée des frontières » ?

-  des organisations religieuses anciennes réactualisent le message en vue d’une diffusion mondialisée. Cf. les Mormons.

-  Où des échanges croisés s’opèrent : cf. le Chamanisme. Ainsi diverses stratégies sont élaborées mais les formes actuellement prises par la mondialisation religieuse deviennent de plus en plus globalisées, instantanées et réciproques.
3 études de cas :
- les français et le néo-chamanisme.
- Hillsong, une Eglise musicale ?
- Deux mormonismes aux frontières : L’Eglise de J.C des saints des derniers jour et L’Eglise réorganisée de JC des saints des derniers jours.

Conclusion et postface. Des frontières en mouvement.

Il existe toute une palette de construction et de déconstruction des frontières, traversant les époques et les nations. Le constat auquel conduisent les études présentées est qu’il n’y a pas tant de frontières religieuses que des constructions religieuses de la frontière.
Aujourd’hui les religions traversent les frontières et bouleversent les partages traditionnels. Et les religions se mondialisent entre tradition et globalisation. De fait il y a un « polythéisme des valeurs »et la religion ne constitue plus l’unique système de sens pour les individus. Et les identités des individus sont tout à la fois plurielles, nationales et transnationales.
Il se construit à la fois des ponts pour relier et de nouveaux murs pour séparer. La globalisation met en tension l’existence d’un vaste phénomène de dissolution progressive des frontières historiquement établies et le surgissement d’autres démarcations. La « Cosmopolis » des Lumières où règnerait la paix perpétuelle n’est pas advenue.
Ainsi nous sommes sans cesse renvoyés au constat qu’il n’est pas d’identité qui puisse se construire indépendamment d’une définition préalable de l’altérité.
Nous avons vécu longtemps sous le paradigme de l’unité où les espaces religieux et politiques se superposaient dans les limites d’un espace géographique défini par les pouvoirs. C’était la logique de la « Christianitas » en Occident médiéval qui permettait d’ordonner et d’exclure. (cf. les juifs et les musulmans). Cela vaut encore en partie pour le monde musulman qui se structure dans l’unité de la foi et établit les chrétiens dans le statut de dhimmis. Cette situation a duré jusqu’à l’époque moderne.
Le propre du moment contemporain est d’avoir remisé ce paysage unicolore où les communautés politiques se construisaient à partir d’une population homogène. Aujourd’hui les religions ont franchi les frontières. Les croyances du Nord continuent à pénétrer les pays du Sud et celles du Sud s’implantent au Nord (Bouddhisme, Islam) De même que s’établissent des échanges Sud/Sud (cf. les christianismes africains en Egypte) et Nord/Nord, (cf. les évangélismes anglo-saxons en Europe continentale). Cette circulation des énoncés religieux affecte les territorialisations établies unifiées par des croyances communes. Les sociétés accueillent dorénavant des myriades de familles spirituelles intégrées de plus en plus dans des réseaux transnationaux.
Comment expliquer cette mutation ? Par la globalisation qui entraîne un processus e compression :

-  Au niveau géographique : lié à la grande mobilité des populations. Les univers sociaux prennent la forme d’ensembles mosaïques.
-  Au niveau culturel : la globalisation se fait sous le signe du référent individualiste avec substitution des logiques d’autonomie aux logiques d’appartenance.

-  Au niveau juridique : les droits étatiques sont de plus en plus subordonnés à des règles supérieures, régionales ou universelles dont la singularité est de placer au centre de leur dispositif la protection de la liberté individuelle du sujet.

Ce qui a des conséquences sur le religieux et entraîne la recomposition des partages politico-religieux établis. Mais attention la globalisation ne produit pas un métissage religieux qui engendrerait une religion universelle. Et le monde des religions persiste à s’organiser sur le fondement de la séparation des affiliations. Les regroupements ethniques se maintiennent et aussi la différence de réponse à la globalisation entre celles qui adoptent « un modèle libéral » ouvert et plus accommodant et les autres qui choisissent le « modèle conservateur » de la résistance. Ainsi se redessinent de nouvelles frontières parce que les communautés religieuses ou rituelles ne peuvent exister sans dessiner de frontières. Enfin les Etats tentent de contrarier le processus d’émancipation des religions en soumettant les croyances à une surveillance et un encadrement ou bien en les mettant au service de l’identité nationale (les racines chrétiennes de la France)

O. Laurent, 27 avril 2012

 

 

Dans la même rubrique :
(10 derniers articles)

- Désamorcer l’Islam radical
- Juifs et chrétiens – Repères pour dix-neuf siècles d’histoire
- "Le prêtre et l’imam", Christophe Roucou et Tareq Oubrou, Entretiens avec Antoine d’Abbundo,
- "Aux sources du christianisme" La Notion Pharisienne de Révélation - Jean Massonnet
- Juifs et chrétiens, pourquoi nous rencontrer ?
- Le Coran expliqué aux jeunes Rachid Benzine Seuil 2013 200p. 9€
- L’Alphabet sacré
- Dialogue et conversion, mission impossible ?
- L’esprit de Tibhirine
- Jean Dujardin Catholiques et juifs

 


Imprimer l'article



Comité diocésain pour l'œcuménisme
6, avenue Adolphe Max - 69321 Lyon Cedex 05
04 78 81 47 68 - oecumenisme@lyon.catholique.fr
Accès administration | Mentions légales | Plan du site | Conception-Réalisation DSFI SARL | Flux RSS oecumenisme Flux RSS cdo