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Le rapport des chrétiens avec les musulmans au Moyen-Orient

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Le rapport des chrétiens avec les musulmans au Moyen-Orient

Le patriarche copte-catholique Antonios Naguib est intervenu lundi 18 octobre 2010 à Rome, devant les participants à l’assemblée spéciale du Synode des évêques pour le Moyen-Orient, pour donner lecture du rapport après le débat général, synthèse des différentes interventions de ces derniers jours. Il a offert quelques lignes directrices afin de faciliter les travaux des carrefours. Voici ce qui concerne le rapport avec les musulmans.


III. D. RAPPORTS AVEC LES MUSULMANS

La Déclaration Nostra aetate du Concile Vatican II pose aussi le fondement des rapports de l’Église catholique avec les musulmans. On y lit : « L’Église regarde aussi avec estime les musulmans qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes » (n. 3). Après le Concile, de nombreuses rencontres ont eu lieu entre les représentants des deux religions. Au début de son pontificat, le Pape Benoît XVI déclara : « Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C’est en effet une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir » (Benoît XVI, Rencontre avec des représentants de communautés musulmanes, Cologne, 20.08.2005).

Le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux entretient des rencontres de dialogue d’importance capitale. On recommande la création de commissions locales de dialogue interreligieux. Il est nécessaire de donner la première place au dialogue de vie, qui offre l’exemple d’un témoignage silencieux éloquent, et qui est parfois l’unique moyen de proclamer le Royaume de Dieu. Seuls les chrétiens qui offrent un témoignage de foi authentique, sont qualifiés pour un dialogue interreligieux crédible. Nous avons besoin d’éduquer nos fidèles au dialogue. Les chrétiens orientaux peuvent aider ceux de l’Occident à entrer plus profondément dans une rencontre constructive avec l’Islam.

Les raisons de tisser des rapports entre chrétiens et musulmans sont multiples. Tous sont concitoyens, partagent la même langue et la même culture, ainsi que les joies et les souffrances. En outre, les chrétiens ont la mission de vivre comme témoins du Christ dans leurs sociétés. Dès sa naissance, l’Islam trouva des racines communes avec le Christianisme et le Judaïsme. La littérature arabo-chrétienne doit être mise davantage en valeur, et être utilisée comme ressource dans le dialogue avec les musulmans.

Notre proximité avec les Musulmans est consolidée par quatorze siècles de vie commune, comportant des difficultés et aussi beaucoup de points positifs. Pour un dialogue fructueux, chrétiens et musulmans doivent mieux se connaître. Musulmans et chrétiens partagent l’essentiel des cinq piliers de l’Islam. De nombreuses initiatives illustrent la possibilité de rencontre et de travail fondé sur les valeurs communes (paix, solidarité, non violence). Plusieurs exemples d’initiatives prometteuses ou réussies ont été mentionnés, en matière de dialogue et de travail commun entre chrétiens et musulmans, ainsi en Syrie, au Liban, en Terre Sainte, en Égypte et ailleurs. Les activités communes sont à encourager, dans les domaines culturel, sportif, social et éducatif. De là, l’importance primordiale de nos institutions éducatives, qui sont ouvertes à tous, réalisant une éducation à l’amitié, à la justice et à la paix. Les Mouvements ecclésiaux apportent aussi une contribution très valable dans ce domaine. Le Dieu Amour aime les musulmans. Peut-être faut-il trouver un nouveau langage théologique pour exprimer ce mystère et le leur rendre plus accessible. Notre témoignage de vie y aidera puissamment. De là l’importance primordiale du dialogue de vie, ou dialogue de voisinage hiwar aljiwar.

Le dialogue avec les musulmans a été souvent évoqué, recommandé et encouragé. Le dialogue est l’expression de la communion des enfants de Dieu. Nous sommes tous habitants de la même terre, de la même maison de Dieu. Il a été même affirmé : pas de paix sans dialogue avec les musulmans. S. François d’Assise, dans sa rencontre avec le roi Al-Kamel en Égypte en 1219, nous donne un exemple de dialogue par la non-violence et le dialogue de la vie. Les Églises Orientales sont les plus qualifiées à promouvoir le dialogue interreligieux avec l’Islam. C’est un devoir qui leur incombe de par la nature de leur histoire, de leur présence et de leur mission. Le contact avec les musulmans peut rendre les chrétiens plus attachés à leur foi, l’approfondir et la purifier. La sainteté de vie est réciproquement appréciée de part et d’autre. La vraie relation avec Dieu n’a pas besoin de religiosité bruyante, mais d’authentique sainteté. Les personnes profondément religieuses sont sujet de respect et de vénération, un point commun de référence, et conscience de la société. La relation avec l’Islam postule une profonde vie spirituelle. Si nous ne sommes pas ouverts à Dieu, comment pouvons-nous être ouverts aux hommes ?

Nous avons le devoir d’éduquer nos fidèles au dialogue interreligieux, et à l’acceptation de la diversité religieuse, au respect et à l’estime réciproques. Les préjugés hérités de l’histoire de conflits et de controverses, de part et d’autre, doivent être soigneusement affrontés, élucidés et corrigés. Dans le dialogue, sont importants la rencontre, l’accueil de la différence de l’autre, la gratuité, la confiance, la compréhension réciproque, la réconciliation, la paix et l’amour. Le dialogue est bénéfique pour la paix, pour la vie, et contre la violence. Le dialogue est le chemin de la non-violence. L’amour est plus nécessaire et efficace que les discussions. Il ne faut pas discuter avec les musulmans, mais les aimer, espérant susciter en leur cœur la réciprocité. Avant de nous disputer sur ce qui nous sépare, retrouvons-nous sur ce qui nous unit, surtout en ce qui concerne la dignité humaine, et la construction d’un monde meilleur. Il faut éviter toute action provocatrice, offensive, humiliante, et toute attitude anti-islamique.

Pour être authentique le dialogue doit se réaliser dans la vérité. Le dialogue est un témoignage dans la vérité et l’amour. Il faut franchement dire la vérité, les problèmes et les difficultés, d’une manière respectueuse et charitable. Si le dialogue est incontournable et doit continuer, peut-être doit-il entamer une phase nouvelle de franchise, d’honnêteté et d’ouverture. Ceci est d’autant plus nécessaire que l’annonce islamique (Al Da’wat) est de plus en plus active en Occident. Nous devons nous dire notre différente vision de la vérité. Nous avons à traiter sereinement et objectivement les sujets qui concernent l’identité de l’homme, la justice, les valeurs de la vie sociale digne, et la réciprocité. Ce terme de réciprocité a besoin d’être clarifié, selon quelques interventions. Nous devons prendre en considération aussi que les musulmans ont différents courants d’enseignement et d’action. Il y a les fondamentalistes, les traditionalistes pacifiques – la majorité – qui tiennent l’Islam comme la foi et la norme suprêmes et n’ont aucun problème à vivre sereinement avec les non-musulmans, et les modérés, ouverts à l’autre et qui sont plutôt une élite. Quelqu’un a proposé de ne pas nous limiter aux courants actuels modérés de l’Islam, mais qu’il faudrait aussi dialoguer avec les fondamentalistes et les extrémistes, qui affectent profondément la masse.

La liberté religieuse est à la base des rapports sains entre musulmans et chrétiens. Elle devrait être un thème principal dans le dialogue interreligieux. On souhaiterait que le principe coranique « pas de contrainte dans la religion » soit réellement mis en pratique. Des Pères Synodaux ont parlé des contraintes, des limites à la liberté, des actes de violence et de l’exploitation des travailleurs émigrés dans quelques pays. Personne n’a cité les versets coraniques sur lesquels se basent les extrémistes pour justifier leur attitude et actes de violence. Ceci montre l’attitude louable des Pasteurs de voir ce qui unit et pacifie plutôt que ce qui sépare. Dans le dialogue avec les musulmans, il faudra étudier la relecture des ‘hadiths’ de violence, liés à un contexte historique révolu, remplacé par le contexte actuel de respect des droits humains.

Nous devons travailler tous ensemble pour transformer les mentalités de l’esprit et de l’attitude du confessionnalisme, à l’esprit de vie et d’action pour le bien commun. C’est un travail de longue haleine, vu que le confessionnalisme a des racines structurales profondes, qui remontent aux statuts des dhimmis et des millet. Le dialogue empêchera l’attitude de méfiance et de peur des uns vis-à-vis des autres.

Les chrétiens tiendront à s’enraciner toujours mieux dans leurs sociétés, et à ne pas céder à la tentation du repli sur soi en tant que minorité. Ils ont à travailler ensemble pour la promotion de la justice, la paix, la liberté, les droits de l’homme, l’environnement, et les valeurs de la vie et de la famille. Les problématiques sociopolitiques sont à aborder, non comme des droits à réclamer pour les chrétiens, mais comme des droits universels, que les chrétiens et les musulmans défendent ensemble pour le bien de tous. Nous avons à sortir de la logique de défense des droits des chrétiens, pour nous engager pour le bien de tous. Les jeunes auront à cœur d’entreprendre des actions communes dans ces perspectives. Coopérer ensemble, avec les personnes de bonne volonté, à affronter les problèmes urgents du moment : la liberté, l’égalité, la démocratie, les droits de l’homme, l’émigration et l’immigration, les conséquences de la globalisation, de la crise économique, la violence et l’extrémisme, la vie.

Il est nécessaire de purifier les livres scolaires de tout préjugé sur l’autre et de toute offense ou défiguration. On cherchera plutôt à comprendre le point de vue de l’autre, tout en respectant les croyances et les pratiques différentes. On mettra en valeur les espaces communs, notamment au niveau spirituel et moral. La Sainte Vierge Marie est un point de rencontre de grande importance. La récente déclaration de l’Annonciation comme fête nationale au Liban est un exemple encourageant. La religion est constructrice d’unité et d’harmonie, et une expression de communion entre les personnes et avec Dieu.

 

 

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