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L’Eglise au pied du Mur, Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance

Les éditions Bayard publient un livre de Michel Remaud intitulé " L’Église au pied du Mur". Nous remercions l’éditeur d’abord bien voulu nous autoriser à reproduire ici un extrait du chapitre V de ce livre.


Dans le domaine de la relation au judaïsme, la période de l’après-Concile est largement dominée par la figure de Jean-Paul II. À lui seul, par ses paroles et ses gestes, le pape polonais aura fait plus que toutes les commissions pour accréditer, tant auprès les juifs que des chrétiens, l’enseignement de Vatican II. Il s’agit là d’un des grands axes de son pontificat, en même temps que d’une contribution décisive au progrès de la théologie chrétienne sur le judaïsme. Les paroles de Jean-Paul II sur le judaïsme n’ont jamais revêtu la forme d’une déclaration solennelle, comme par exemple une encyclique. Il s’agit essentiellement d’allocutions, adressées le plus souvent à des auditeurs ou des interlocuteurs juifs, où abondent des formules qu’il serait fastidieux de transcrire ici, mais qui expriment un enseignement ferme et cohérent. Le ton avait été donné un an après son élection, le 17 novembre 1980, lors de sa rencontre, à Mayence, avec la communauté juive d’Allemagne. Le pape avait alors salué « le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance, qui n’a jamais été révoquée ». La formule avait surpris, à telle enseigne que la Documentation catholique, qui en avait d’abord donné une traduction erronée, avait dû publier un rectificatif dans sa livraison suivante - ce qui n’a pas empêché certains exégètes de proposer plus tard une interprétation de ces paroles qui en atténuait la portée. Dans le même discours, le pape avait repris à son compte une expression des évêques allemands : « Quiconque rencontre Jésus-Christ rencontre le judaïsme ». Tout était contenu dans ces deux formules : l’alliance avec Israël n’est pas caduque, et Jésus est indissociable de son peuple. Il en résulte que le chrétien se trouve lié, par son baptême dans le Christ, au peuple de l’alliance, par une relation qui n’est comparable à aucune autre.

Remarquable est l’insistance avec laquelle Jean-Paul II appuyait son enseignement sur la déclaration Nostra Ætate, se défendant implicitement d’innover, et présentant au contraire cet enseignement comme le déploiement des premiers mots du texte conciliaire « Scrutant le mystère de l’Église... ». Dans la logique de cette déclaration, il a rappelé inlassablement le lien « fondé sur le dessein du Dieu de l’Alliance » qui unit l’Église à Israël. En 1986, lors de sa visite à la synagogue de Rome, il déclarait avec force : « La religion juive ne nous est pas extrinsèque, mais en un certain sens elle est intrinsèque à notre religion. » (une traduction moins servile de l’italien aurait peut-être employé les mots extérieure et intérieure...). Le message était clair : la relation à Israël appartient à l’identité chrétienne elle-même. Le pape en tirait immédiatement la conséquence : « Nous avons donc à son égard [à l’égard du judaïsme] des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. »

Énoncée à Mayence, l’affirmation de la pérennité de l’alliance avec Israël était une des lignes de force de son enseignement. Évoquant la figure de Moïse lors de son passage à Amman, au début de son voyage en Terre Sainte, il affirmait encore : « L’Alliance et la Loi qu’il a reçues de Dieu survivent à jamais. »

Pour Jean-Paul II, « les Écritures sont inséparables du peuple et de son histoire. » Ce refus de dissocier l’Écriture du peuple où elle est née l’a conduit à désavouer fermement toutes les tentatives d’inculturation de la foi chrétienne qui feraient fi de la judéité de Jésus. Dans son discours adressé aux participants au colloque sur « Les racines de l’antijudaïsme en milieu chrétien », le 31 octobre 1997, il affirmait : « À l’origine de ce petit peuple, il y a le fait de l’élection divine [...]. Ce peuple persévère envers et contre tout du fait qu’il est le peuple de l’Alliance et que, malgré les infidélités des hommes, le Seigneur est fidèle à son Alliance. Ignorer cette donnée première, c’est s’engager sur la voie d’un marcionisme contre lequel l’Église avait réagi [...], dans la conscience de son lien vital avec l’Ancien Testament, sans lequel le Nouveau Testament lui même est vidé de son sens. [...] Ceux qui considèrent le fait que Jésus fut juif et que son milieu était le monde juif comme de simples faits culturels contingents, auxquels il serait possible de substituer une autre tradition religieuse dont la personne du Seigneur pourrait être détachée sans qu’elle perde son identité, non seulement méconnaissent le sens de l’Histoire du Salut, mais, plus radicalement, s’en prennent à la vérité de l’Incarnation même, rendent impossible une conception authentique de l’inculturation. »

Les gestes de Jean-Paul II n’étaient pas moins éloquents que ses paroles. Il fut le premier pape, depuis saint Pierre, à se rendre dans une synagogue, et les quelques kilomètres parcourus pour se rendre du Vatican au Transtévère remontaient en quelques minutes deux millénaires d’histoire. Ce retour à la synagogue manifestait la reconnaissance d’une origine. Qu’il me soit permis de proposer à ce sujet une réflexion qui n’engage que moi. Vingt ans avant la visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome, son prédécesseur Paul VI avait traversé les mers pour s’adresser en ces termes à l’assemblée générale des Nations Unies : « Tel le messager qui, au terme d’un long voyage, remet la lettre qui lui a été confiée : ainsi Nous avons conscience de vivre l’instant privilégié, - si bref soit-il - où s’accomplit un vœu que Nous portons dans le cœur depuis près de vingt siècles. Oui, vous vous en souvenez. C’est depuis longtemps que Nous sommes en route, et Nous portons avec Nous une longue histoire ; Nous célébrons ici l’épilogue d’un laborieux pèlerinage à la recherche d’un colloque avec le monde entier, depuis le jour où il Nous fut commandé : ‘allez, portez la bonne nouvelle à toutes les nations !’ Or c’est vous qui représentez toutes les nations. » S’adressant aux nations, Paul VI reconnaissait en elles les destinataires de sa mission. Vingt ans plus tard, son successeur en manifeste l’origine. L’Évangile va d’Israël aux nations, et l’Église ne peut s’adresser dans les mêmes termes aux juifs et aux gentils. Au « Voici où nous allons » de Paul VI faisait écho le « Voilà d’où nous venons » de Jean-Paul II.

L’un des sommets de son pontificat fut sans conteste son voyage en Israël, avec ses deux visites, l’une à Yad-va-Shem, le mémorial du génocide nazi, et l’autre au mur occidental du Temple. Signe que la portée des gestes est sans commune mesure avec celle des mots : la prière au « Dieu de nos pères », que le pape récita silencieusement devant le mur, avait déjà été prononcée littéralement quelques semaines plus tôt à Saint-Pierre de Rome, lors d’une cérémonie de « repentance » marquant la fin du deuxième millénaire du christianisme. Plus que les mots, l’opinion aura retenu l’image du vieux pape appuyé sur sa canne et venant prier le Dieu d’Israël, le « Dieu de nos pères », au lieu le plus saint de l’histoire juive. Seize siècles plus tôt, saint Jean Chrysostome avait proclamé : « Le Temple a été renversé par cette même puissance du Christ qui a bâti l’Église. » Le geste du chef de l’Église déposant le texte de sa prière entre les pierres du Temple, loin d’être une concession à un usage folklorique, était une affirmation silencieuse dont la théologie est encore loin d’avoir mesuré la portée.

Table des matières

Avant-propos Chapitre I : Église et Synagogue : des siècles d’éloignement Chapitre II : Un paysage bouleversé Chapitre III : Le concile Vatican II et les juifs Chapitre IV : Le concile et les juifs : trois grands absents Chapitre V : Quarante ans d’après-Concile Chapitre VI : Espoirs, craintes et questions Conclusion

Michel Remaud "L’Eglise au pied du mur"

Éditeur : Bayard, Paris Collection : Religions en dialogue Reliure : Broché Description : 100 pages (210 x 120 cm)

A lire : une recension de Jacques Joatton sur le site de l’Amitié-judéo-chrétienne de Lyon

 

 

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