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25 mars 2010 au Liban

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25 mars 2010 au Liban


Etonnant Liban !

En ce 25 mars 2010, il a offert au monde entier un visage inhabituel puisque cette journée - durant laquelle les chrétiens fêtent l’Annonciation - avait été déclarée « jour de fête nationale commune islamo-chrétienne » et chômée, en Conseil des ministres libanais, le 18 février dernier.
Une délégation islamo-chrétienne, conduite par MM. Michel Eddé, président de la Fondation maronite dans le monde, et Ibrahim Chamseddine, ancien ministre, avait en effet soumis le projet au Premier ministre, dans la suite de ce qui se vivait, depuis trois ans, comme célébrations communes de la fête de l’Annonciation, au Collège Notre-Dame de Jamhour, sous la supervision de l’amicale des anciens de cette école, avec la participation de délégations étrangères, notamment d’al-Azhar.
Notons que l’une des personnalités les plus activement engagées dans l’instauration de cette fête est le cheikh Mohammad Nokkari, ancien secrétaire général de Dar el-Fatwa, professeur à l’Université Saint-Joseph et membre du Groupe de recherche islamo-chrétien (GRIC).
Dans sa décision, le Conseil des ministres s’est appuyé sur le fait que la Vierge Marie était un dénominateur commun entre les chrétiens et les musulmans qui lui réservent une très grande place dans leurs dévotions respectives. À noter que l’Évangile et le Coran affirment tous les deux que le Christ est né de Marie d’une naissance virginale. Il s’agit là d’un article de foi commun aux chrétiens et aux musulmans, même si les deux religions diffèrent ensuite sur le Christ qui, pour les chrétiens, est de nature divine.
La fête a été marquée par un programme commun social, culturel et religieux au Collège Notre-Dame de Jamhour. Son thème était : « Ensemble autour de Marie, Notre-Dame ». Il a permis d’entendre le témoignage émouvant de S.E.M. Lech Walesa, ancien président de la République polonaise, président du syndicat Solidarnosc et Prix Nobel de la Paix 1983.
Mais, reconnaissons-le, cette fête nationale commune islamo-chrétienne n’en est qu’à son balbutiement. Elle a pris de court les autorités religieuses des 18 communautés constituant le Liban qui ont salué l’initiative, sans pour autant y participer activement au plus haut niveau. Il était ainsi frappant de voir que rien de particulier n’avait été organisé à cette occasion au sanctuaire de la Vierge de Harissa, situé à une vingtaine de kilomètres de Beyrouth, si ce n’est la présence de nombreux pèlerins, hommes et femmes, venus d’Iran.

Un geste prophétique

Cette fête est le fruit d’un long travail de réflexion et de rencontres entre Libanais, chrétiens et musulmans, convaincus de l’importance de vivre ensemble dans un climat de confiance et de respect mutuel. Elle témoigne du désir profond de ces personnes de trouver des points de rapprochement et d’unité, par delà les différences et les oppositions qui se sont manifestées tout au long des siècles et, en particulier, dans l’histoire récente. Elle est prophétique dans la mesure où elle a bousculée les institutions religieuses de tous bords. Néanmoins, il faut s’interroger sur sa nature profonde, entre fête nationale où se forge le ciment national, fête religieuse dédiée à Marie, femme juive et mère de Jésus, et fête de la rencontre entre musulmans et chrétiens. C’est ce que témoignent deux textes qui furent utilisés lors de la manifestation officielle.
Ainsi ce chant marial très en phase avec le contexte sociopolitique récent :

Nous venons vers toi, de toutes parts nous arrivons,
Depuis notre passé en cendre, jusqu’à notre actuelle oppression.
Partout au Liban, nous sommes tes enfants
Ton amour nous protège et éloigne nos tourments.
Le Coran, par une sourate, célèbre ta virginité
Et l’Evangile, dans ses versets, glorifie ta pureté.
Chrétiens, musulmans, nous te prions à l’unisson
Certains que tu demeureras notre unique consolation.
Partout au Liban, nous sommes tes enfants
Ton amour nous protège et éloigne nos tourments.
Nous venons vers toi, nous arrivons par tous les chemins
Ceux des ruines d’hier et ceux de la peur de demain.
Ave, Ave, Ave Maria
Liban, Liban, à Toi Marie.

Quant à la prière commune à Marie, elle est en ses termes :

O notre Seigneur, toi qui règnes sur toute chose,
Gloire à toi, le bienfaiteur.
Toi qui as envoyé Gabriel pour annoncer la bonne nouvelle
A la Madone des femmes, sur terre comme au ciel,
La Vierge Marie, ton humble servante, dont l’humilité a traversé les âges. Tu es celui qui nous entend et qui répond à notre appel,
Tu es le bienfaiteur et le miséricordieux.
Donne-nous, Seigneur, de t’aimer ainsi que tes anges, tes prophètes et tes apôtres.
Donne-nous d’aimer la sainte Vierge Marie, Notre-Dame.
Fais, Seigneur, qu’elle soit poire nous, un exemple à suivre.
Que ton amour soit ce que nous avons de plus cher.
Fais que nous n’ayons de crainte plus grande que celle de t’offenser.
O Seigneur, c’est dans ton infinie miséricorde que nous cherchons le salut.
Sauve-nous et répare de ta clémence nos imperfections
Ainsi que celles de nos dirigeants et de ceux qui veillent sur nous.
Prends soin aussi de notre patrie et de tous ceux qui l’habitent,
Fussent-ils musulmans ou chrétiens.
O Seigneur, toi qui règnes sur les sept cieux, du haut de ton trône divin, Comme tu as choisi la Vierge Marie, l’élevant plus haut que toutes les femmes du monde,
Nous te prions de prendre le Liban et notre pays, avec ses chrétiens et ses musulmans,
sous ton aile bienveillante.
Pays de la convivialité islamo-chrétienne,
Que le Liban soit un message adressé à toutes les nations du monde.
Purifie nos coeurs, et délivre-nous de toute rancune.
Donne-nous de triompher de nous-mêmes,
Et d’aller au-delà de nos intérêts personnels,
Pour n’oeuvrer que pour le bien commun.
Seigneur, Toi qui entends tout, toi qui réponds à notre appel,
Nous te prions de raviver en nous la mémoire de ce grand jour,
Aussi sacré pour les musulmans que pour les chrétiens,
Au Liban comme ailleurs dans le monde. Amen.

Conclusion

Un arbre se reconnaît à ses fruits. L’avenir nous dira ce qu’initie cette nouvelle pratique libanaise qui fut définie en ces termes par Cheikh Mohammad Nokkari : « Cette rencontre profite au pays et à ses citoyens ; elle ne nuit qu’à l’ennemi qui guette la dissension et la discorde pour montrer l’incapacité des musulmans et des chrétiens à vivre avec des personnes de religions différentes. Notre rencontre, musulmans et chrétiens de confessions différentes, prouve qu’à part la citoyenneté, nous sommes unis par l’amour d’une personne aimée, élue et pure, d’une mère douce, tendre et affectueuse, dans le respect de notre foi musulmane ou chrétienne. Il n’y a aucune offense à partager cet amour, et ne sera mentionné, au cours de cette rencontre, que le lien d’amour et de vénération à cette Vierge sainte et pure qui nous unit. On ne discutera pas nos différences : le musulman reste musulman et le chrétien demeurera chrétien. Cette rencontre n’a nullement pour objectif de rajouter une nouvelle religieuse aux fêtes musulmanes, aucun pouvoir politique ou « religieux » ne peut, dans la doctrine musulmane, ajouter une fête aux deux fêtes musulmanes du Fitr et de l’Adha. Il ne s’agit pas non plus d’ajouter une nouvelle fête chrétienne : la fête de l’Annonciation restera ce qu’elle est. Il n’y a dans notre rencontre aucune pratique religieuse musulmane ou chrétienne commune. Cette rencontre n’invente ni une nouvelle ni une nouvelle religion, ni une nouvelle doctrine, ni des rites différents propres à l’occasion : c’est bien pour ces raisons-là que nous avons voulu, dès le départ, que notre rencontre devienne fête nationale commune et non pas une fête religieuse ».

Vincent Feroldi 26 mars 2010

 

 

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